Formateurs, enseignants, et si le confinement nous faisait tout changer


Voilà que le confinement oblige les enseignants et formateurs à recourir en catastrophe aux moyens de communication à distance pour assurer la continuité des cours et actions de formation. Certains s’y entendent bien ; d’autres pataugent un peu, comme d’ailleurs les élèves et stagiaires.

Donner un cours devant des apprenants ou une caméra : quelle différence !

Mais donner un cours devant un groupe d’apprenants ou parler devant une caméra, quelle différence ! On cherche en vain les yeux des auditeurs, leurs réactions, leurs questions. Sont-ils là, écoutent-ils, s’occupent-ils à autre chose ? Est-ce qu’ils suivent, est-ce qu’ils comprennent ? Que va-t-il leur rester de la matière que j’expose devant l’œil imperturbable et froid de la machine ?

Pour un prof d’amphi habitué à dérouler son cours au rythme de son PowerPoint devant 400 étudiants, sans se soucier de leurs réactions, cela ne change finalement pas grand-chose, mais pour un formateur ou un enseignant habitué à l’interaction avec le groupe, c’est autre chose ! Parler sans interruption pendant une heure et parfois plus est épuisant.

Quant à l’apprenant, en direct devant son écran, quel pensum pour lui ! Impossible de lever la main, d’interrompre le débit du cours, d’exprimer un défaut de compréhension, sans compter les problèmes techniques, le débit insuffisant, l’image qui se met à hoqueter, tout à coup ça coupe… Aie la batterie est à plat ! Non, c’est Justine qui vient de se brancher sur le réseau. Peste !

Et si, en plus, c’était peu productif ?

N’est-il pas possible de s’y prendre autrement, d’enrichir la relation pédagogique, de favoriser l’autonomie des apprenants ?

Des options existent, éprouvées, que chaque pédagogue peut essayer, à une condition toutefois : accepter de changer de position. Et si on cessait de jouer le perroquet !

Écoutons la mise en garde d’André Gide :

Tout a été dit, mais comme personne n’écoute, il faut toujours répéter.

Or justement, dans les matières générales, dans toutes les matières et pour tous les niveaux, les cours sont déjà sur Internet. Inutile de répéter ce que d’autres ont réalisé, aussi bien si ce n’est mieux que nous. C’est facile à trouver ; il suffit de choisir et d’en donner les références aux élèves.

Ah mais oui, c’est la classe inversée ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ?

Un petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas : les apports théoriques sont encapsulés en courtes séquences (ou capsules) vidéos de 5 à 15 mn. Chaque vidéo traite d’une notion précise, de façon synthétique, éventuellement suivie d’un quizz, parfois accompagnée d’un texte et/ou d’un schéma et/ou d’un exercice. L’apprenant la visionne à son heure, où il veut, une ou plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il ait compris et retenu. Un cours peut comprendre plusieurs vidéos successives.

À l’heure fixée par l’enseignant, tous les apprenants, éventuellement en sous-groupes, se réunissent virtuellement autour de lui en se connectant. Le prof leur demande ce qu’ils ont compris : ce sont eux qui font la classe. Puis ils posent des questions et répondent aux questions du prof qui vérifie ce qu’ils ont appris, rectifie si nécessaire, anime des exercices et des discussions. La séance dure, selon les niveaux, entre ½ h et 1 h. Rendez-vous est pris pour une prochaine séance avec de nouvelles vidéos à visionner.

L’intervention de l’enseignant ou du formateur retrouve tout son intérêt 

Ainsi l’intervention de l’enseignant ou du formateur retrouve tout son intérêt : il n’est plus le perroquet qui répète la matière mais le pédagogue qui facilite et stimule les apprentissages. Il passe moins de temps avec les élèves mais un temps bien plus riche. Il peut dédoubler les groupes.

Quant aux apprenants, ils jouissent d’une liberté accrue, développent leur autonomie et avancent à leur rythme. Ceux qui ont des difficultés d’apprentissage ne restent pas à la traîne parce qu’ils peuvent visionner les vidéos autant de fois que nécessaire, interrompre, revenir en arrière, prendre des notes.

Des ressources agricoles en vidéos existent !

En ce qui concerne les matières techniques, des sites spécialisés offrent aussi des ressources pédagogiques intéressantes. Parmi eux, sans doute connaissez-vous la plateforme agrilearn.fr, leader dans le domaine agricole, riche de plus de 1000 vidéos qui abordent de nombreux sujets avec des séries de cours en ligne et des reportages. Chaque mois, la plateforme propose de nouveaux cours.

Et si le confinement offrait finalement une magnifique opportunité de transformer les métiers d’enseignant et de formateur, non seulement durant cette période de crise sanitaire, mais aussi par la suite ? Chiche !