Comment et où se former avant de devenir agriculteur ?


D’abord, vérifiez le plaisir

Que serait le travail sans plaisir ? Un sacerdoce, mais pas un projet réussi !

Trop de gens se lèvent le matin sans joie, ni sens. Alors, si vous réalisez votre projet, profitez-en pour ne plus faire partie de cette catégorie de travailleur.

Pour y parvenir, avant de vous former, il faudra tester le plaisir de votre futur métier.

Et pour cela, rien de plus simple, il vous suffit de chausser les bottes !

Suivant votre statut actuel, plusieurs solutions existent pour aller se rendre compte, in situ, sur des périodes courtes si le métier envisagé est vraiment fait pour vous.

Petit tour d’horizon des possibilités.

  • Allez aider des amis agriculteurs durant un week-end ou des vacances.
  • Partez avec le réseau Savoir Faire et Découverte (lesavoirfaire.fr) pour des stages de 1 à 5 jours
  • Réalisez une Évaluation en Milieu de Travail (EMT) avec Pôle Emploi (www.pole-emploi.fr) pour découvrir un nouveau métier de 1 à 2 semaines.
  • Entrez dans le dispositif ADEMA (www.fafsea.com) qui permet de découvrir, si vous êtes demandeur d’emploi, le métier de salarié agricole avec 1 semaine en centre de formation et 3 semaines en entreprise agricole.
  • Enfin, certaines collectivités territoriales (les régions notamment) proposent des dispositifs tests en agriculture : renseignez-vous auprès d’elles.

 

Quelles compétences acquérir ?

Une fois que vous aurez commencé à vérifier si ce futur métier vous plait vraiment, la question sera de savoir comment acquérir les compétences nécessaires à son exercice.

Mais au fait qu’est-ce qu’une compétence ? Et comment savoir si vous en possédez assez pour votre futur métier ?

Pour répondre à ces questions, il faut prendre en compte les activités que vous aurez à mener pour votre futur métier.

Faisons un parallèle avec un iceberg : il y a deux parties :

  • la partie émergée (1/3 du volume) que l’on peut assimiler aux activités de votre futur métier
  • la partie immergée (2/3 du volume) qui symbolise les compétences à maîtriser pour mener à bien ces activités.

Comme pour un iceberg, on ne voit souvent que la partie la plus petite, c’est-à-dire les activités et on oublie ce qui les sous-tend et dont on a peu conscience : les compétences.

Commençons par le visible, à savoir les activités d’un chef d’entreprise, que je vous propose de classer en 6 catégories :

  1. Les activités de production (la traite, le labour, la taille, la récolte, l’entretien et la réparation du matériel,…)
  2. Les activités de transformation des produits (fromage, viande, pain, confitures,…)
  3. Les activités de commercialisation des produits (particuliers, restaurateurs, grossiste, GMS,…)
  4. Les activités d’organisation du travail (programmer son travail, celui du salarié, prévoir un chantier collectif, s’adapter au temps qu’il fait…)
  5. Les activités administratives (trier les factures, le courrier, faire les déclarations d’impôts, TVA,…)
  6. Les activités de gestion de l’entreprise (prévoir des investissements, gérer la trésorerie, analyser ses chiffres et son environnement pour prendre des orientations pour l’avenir, etc…)

 

Dans le tableau ci-dessous, je vous propose de lister toutes vos futures activités dans chacune des 6 catégories.

 

 

Une fois ce travail réalisé, il va falloir le confronter à des paysans qui font déjà le métier que vous souhaitez exercer pour vérifier que vous n’avez rien oublié.

Une question reste toutefois en suspens : qu’est-ce qui différencie un salarié d’un chef d’entreprise ? Toutes ces catégories d’activités peuvent-elles être déléguées à un salarié ?

Beaucoup peuvent être délégués mais il semble que les activités d’organisation et de gestion sont les deux les plus importantes à maîtriser. Cela nous donne une indication sur le fait que la seule maîtrise de l’activité de production n’est pas suffisante, bien qu’indispensable. Mais nous y reviendrons dans de futurs articles consacrés aux ingrédients de la réussite.

Et notre iceberg dans tout ça ? Pour maîtriser une seule activité, il y a donc besoin de plusieurs compétences qui se combinent et se complètent.

Les compétences peuvent se répartir en trois catégories complémentaires : dans la plupart des cas, il faudra faire appel aux trois catégories pour espérer maîtriser l’activité !

 

  1. Les savoirs dits théoriques, le plus souvent appris à l’école, vous permettent de savoir lire, écrire et compter, mais aussi de savoir comment digère un animal, comment l’humus se constitue, etc…
  2. Les savoir-faire, le plus souvent appris par la pratique « de terrain », vous permettent de conduire un tracteur, de traire, de tailler la vigne…
  3. Les savoir-être, vous permettent de communiquer, d’adapter vos réponses à la situation, de savoir écouter un client, de gérer une situation conflictuelle, etc…

Les savoir-être sont le plus souvent non appris consciemment et reproduit naturellement suite à des situations vécues. En effet, nous réagissons souvent à des situations par des attitudes spontanées que nous ne maîtrisons pas et qui nous viennent, par exemple, de situations similaires vécues avec nos parents ou toute autre personne qui a influencée notre éducation…

Maintenant que vous avez saisi la distinction entre une activité et les compétences qu’elles sous-tendent, il s’agit de vous auto-évaluer en complétant le tableau ci-dessous. Sur ce tableau, il faut reporter les activités que vous avez listées pour votre projet et vous auto-évaluer selon 5 niveaux :

++ : je maîtrise très bien l’activité = je suis capable de l’apprendre à une autre personne

+ : je maîtrise bien l’activité = j’ai déjà eu plusieurs expériences menées en autonomie

+- : je maîtrise moyennement l’activité = j’ai de l’expérience mais peu d’autonomie et dans peu de situations différentes.

– : je ne maîtrise pas l’activité = je la connais mais j’ai très peu de pratique

— : je ne maîtrise pas du tout l’activité = je ne connais pas cette activité

Une fois ce travail réalisé, je vous propose de vous projeter comme si vous refaisiez cette auto-évaluation le jour de votre installation : dans quelle colonne aimeriez-vous mettre les croix pour chacune des activités citées ?

Vous visualisez maintenant l’écart qui vous sépare de votre installation quant à l’acquisition des compétences de votre futur métier. Alors, comment réduire cet écart ?

 

Quelques pistes pour acquérir de l’expérience pratique et théorique

Woofing

Réseau international d’accueil de  personnes sur des petites fermes orientées  Bio. Le réseau vous fournit la liste des adhérents, à vous de les contacter et de partir travailler pour des durées plus ou moins longues. Il s’agit d’un réseau d’échange : un peu de travail quotidien contre le gîte et le couvert.

Renseignements : www.wwoof.fr

Diplôme BPREA

Le Brevet Professionnel de Responsable d’Entreprise Agricole est la seule formation qui permet d’obtenir les aides de l’État pour ceux qui n’ont pas de diplôme agricole. Elle se compose d’environ 1500 h de formation dont 150-200 h en stage pratique et le reste en salle. Elle peut se réaliser en partie à distance via internet. Chaque centre de formation propose des spécialités.

Renseignements : www.educagri.fr

Salariat agricole

Il existe 4 solutions pour devenir salarié :

– Les Groupements d’employeurs sont des « associations » de plusieurs agriculteurs qui mettent en commun leur besoin en main d’œuvre afin de proposer un CDI.

– Les offres de travail saisonnières notamment pour les récoltes des fruits et légumes.

– Les Services de remplacement qui proposent des contrats pour remplacer les agriculteurs pour cause de maladie, maternité, vacances, etc… dont la durée peut varier de quelques jours à 6 mois.

– Les offres de salariat directement par le biais d’agriculteurs en CDD ou CDI.

Renseignements : www.anefa.frwww.servicederemplacement.frwww.poleemploi.frwww.apecita.fr

Autres formations de perfectionnement

Partout en France, des centres de formation agricole organisent des sessions courtes pour se perfectionner (1 à 5 jours) ou des certificats de  spécialisation sur des thèmes précis (4-5 mois).

Renseignements : www.éducagri.fr et www.vivea.fr

Stage reprise ou parrainage

Partout en France, il existe la possibilité de faire  une période d’essai sur la ferme que l’on va reprendre ou sur laquelle on veut s’associer. Cet essai peut durer de quelques mois à un an. Vous avez le statut de stagiaire de la formation professionnelle et êtes  financé soit par l’État, soit par la Région.

Renseignements : www.chambres-agriculture.fr/

Stage « PPP »

Si vous souhaitez demander les aides de L’État, vous devez réaliser un PPP, Plan de Professionnalisation Personnalisé, qui comprendra selon votre situation : des formations courtes spécifiques et/ou un stage d’application de 1 à 6 mois en entreprise agricole. Ce stage est rémunéré soit par l’État, soit par Pôle emploi si vous bénéficiez d’allocation chômage.

Renseignements : www.chambres-agriculture.fr/

 

Ne sous-estimez pas votre besoin de compétences !

Voici un des principaux écueil de la création d’activité en agriculture : se lancer avec un peu d’expérience tout en pensant que c’est suffisant…

On n’a jamais trop d’expérience et de compétences en agriculture : le travail avec du vivant et 7j/7 est très exigeant. Être passionné est indispensable mais loin d’être suffisant.

Prenez le temps de découvrir, de vous former, de comprendre les aspects théoriques puis de maîtriser les aspects pratiques car comme le disait Sénèque : « l’expérience est une lumière qui n’éclaire que celui qui la porte ».

 

Retrouvez toutes les formations de Laurent BERIZZI