L’agro-homéopathie pour soigner les plantes et le sol !


Formation d'Aziz YAACOUBI en agro-homéopathie
Cours en vidéos

« L’agro-homéopathie, je n’en avais jamais entendu parler : je ne voyais pas comment un petit granule de sucre pouvait faire quelque chose, moi qui était formaté à [l’utilisation de] la chimie. On a eu de la chance de réussir les premiers essais, parce que sans ça on n’aurait jamais cru à l’efficacité de l’homéopathie : en moins de 48h, il y a eu des résultats surprenants. Et c’est comme ça que je me suis lancé dans le domaine de l’agro-homéopathie ». Voilà comment Abdelaziz Yaacoubi, ingénieur et professeur d’agronomie marocain, raconte sa découverte de l’agro-homéopathie en 2013. Aujourd’hui, il en est un expert reconnu et va nous en révéler les arcanes.

Quelques personnages ayant contribué à l’utilisation de l’homéopathie en agriculture

Bien sûr, à l’origine il y a Samuel Hahnemann (1755-1843), le père de l’homéopathie. Contentons-nous ici de dire qu’il en a posé les fondements dans son « Organon de l’art de guérir », dont la première édition remonte à 1810. Abdelaziz Yaacoubi vous en exposera les enseignements dans la seconde partie. Le premier nom cité par notre expert dans la constitution de l’agro-homéopathie est Clemens von Bönninghausen (1785-1864), botaniste distingué en la ville de Münster. En 1828, il est à l’article de la mort, touché par une maladie des poumons incurable. Il envoie des lettres d’adieu à ses amis : l’un d’entre eux, dont il ignore qu’il exerce la médecine homéopathique, lui donne un traitement. Miracle, il guérit ! Il se plonge alors dans l’étude de cette nouvelle pratique et devient le meilleur élève de Samuel Hahnemann.

En 1846, il publie le « livre de poche thérapeutique », un ouvrage de référence. Selon Abdelaziz Yacoubi, il serait donc le premier à avoir utiliser l’homéopathie sur des plantes. Ses essais sur les animaux sont mieux connus : avec eux, il pense réfuter l’attribution d’effet placebo qui pèse, déjà, sur l’homéopathie.

Influences réciproques avec la biodynamie et expériences fondatrices de Kaviraj

Toutefois, il faudra attendre les années 1930 pour que soit documenté l’emploi sur les plantes d’un traitement proche de l’homéopathie par le couple Eugen (1893-1939) et Lili Kolisko (1889-1976). Ces derniers développent les idées de Rudolf Steiner (1861-1925). Interpellé par des agriculteurs inquiets de la dégénérescence des semences et de la médiocre qualité des aliments, Steiner a donné une série de huit conférences en juin 1924 à Koberwitz (Pologne actuelle). Ce « Cours aux agriculteurs » initiera ce que l’on appelle aujourd’hui la biodynamie. Or, en utilisant la dilution pour ses préparations, la biodynamie se rapproche de l’homéopathie. Lili Kolisko, qui regroupa ses travaux ainsi que ceux de son mari dans son recueil « L’agriculture du futur » (paru en 1939), fit entre autres des expériences sur les entités infinitésimales.

Mais le premier qui osa véritablement recourir à l’homéopathie pour soigner les plantes est Vaikunthanath Das Kaviraj (1946-2013). Ce nom indien dissimule un néerlandais d’origine se nommant Ben Rozendal. https://physicgardenproject.wordpress.com/2013/03/17/in-memory-of-dear-kaviraj/

C’est du reste plus un titre qu’un nom qui lui fut conféré au début des années 80. En effet, Kaviraj signifie « roi des poètes » en sanskrit. Mais c’est surtout ainsi que l’on appelle en Inde tout médecin ayurvédique, le roi des guérisseurs. Celui que nous appellerons donc Kaviraj était parti en Inde dans les années 60, dans l’esprit de la Beat Generation. C’est là qu’il découvrit et pratiqua l’homéopathie. En passant, et à toutes fins utiles, remarquons que le gouvernement indien compte depuis novembre 2014 un ministère consacré aux médecines et pratiques traditionnelles incluant l’homéopathie (avec le yoga et l’ayurveda pour les plus connues). Ce qui peut sembler paradoxal pour un pays gros producteur (et exportateur) de médicaments conventionnels (génériques principalement)… https://www.laselectiondujour.com/linde-nouvelle-pharmacie-du-monde-n728/

Mais revenons au début de l’agro-homéopathie, avec le récit qu’en fait Kaviraj dans un entretien réalisé en 2008 :

« Des amis à moi avaient une très belle maison à Aarau en Suisse, avec un très grand jardin au sud. Je les soignais, ainsi que leurs enfants et leurs animaux, depuis quelques années quand un jour leurs pommiers ont attrapé la rouille : mon amie m’a alors demandé s’il était également possible de traiter les plantes avec l’homéopathie. « Certainement » dis-je, « mais je n’y connais rien ! ».[…] Alors nous sommes sortis et j’ai vu ces arbres avec des feuilles pendantes couvertes de taches rouges […]. Pour moi, cela ressemblait à un cas de ‘scarlatine’ : rapide et intense, avec des taches rouges, et une grande soif. J’ai donc immédiatement pensé que Belladonna pourrait agir [sur ces symptômes]. Je n’avais que quelques pilules […] nous en avons dissous dix dans vingt litres d’eau et arrosé les arbres avec ça. Trois jours plus tard, la rouille avait totalement disparu et les plantes avaient l’air en bonne santé. J’étais très surpris. Comment était-ce arrivé ??!!! » (Pour retrouver l’intégralité de l’entretien https://hpathy.com/agrohomeopathy/v-d-kaviraj/)

C’était en 1986. Depuis, Kaviraj n’a cessé d’expérimenter dans ce domaine de recherche. S’inspirant de l’utilisation de la silice en biodynamie, il découvre « les incroyables possibilités » de Silicea. Installé en Australie en 1990, il y développe son propre remède contre l’invasion des escargots : Helix tosta. C’est un grand succès. Revenu en Europe, il regroupe le fruit des ses nombreuses expériences dans son livre « L’homéopathie appliquée au jardin et à l’agriculture ».

Premier contact avec l’agro-homéopathie et expérimentations positives d’Abdelaziz Yaacoubi qui découvre ainsi les avantages de cette technique

Kaviraj décède le 2 mars 2013 en France, à la veille d’y donner une conférence à laquelle devait assister Abdelaziz Yaacoubi, invité par HSF (Homéopathes Sans Frontières-France). La conférence se transforma en une table ronde autour de Cathy Mayer, homéopathe suisse considérée comme l’héritière des travaux de Kaviraj. De retour au Maroc (et accompagné de Cathy Mayer), Abdelaziz Yaacoubi testera immédiatement l’agro-homéopathie dans la palmeraie de Skoura, oasis préservé non loin de Ouarzazate. Isabelle Rossi, trésorière d’HSF (qui intervient depuis l’année précédente à Skoura) et présidente de l’APMH (Association pour la Promotion de la Médecine Homéopathique) lui propose son jardin comme premier terrain d’expérience. https://www.apmh.asso.fr/articles/view/245

Abdelaziz Yaacoubi s’attaquera avec un succès saisissant au bayoud du palmier-dattier (maladie causée par le champignon Fusarium oxysporum). Encore néophyte, il s’étonne de voir les pucerons traités se réfugier vers le haut des amandiers : Cathy Mayer lui explique alors la loi de hering (la guérison progresse des parties supérieures aux parties inférieures du corps, soit l’inverse pour les plantes). La formation se fait un peu à tâtons, mais avec une ardeur décuplée par la réussite. http://www.homeoint.org/biograph/heringfr.htm

Le duo se rendra en septembre 2013 à la deuxième conférence sur l’emploi de l’homéopathie en agronomie au Brésil, à Maringá. Pays où l’homéopathie est reconnue comme spécialité médicale par le Conseil Fédéral de Médecine depuis 1980 (spécialité vétérinaire depuis 2000). Abdelaziz Yaacoubi présentera ses premiers résultats au congrès en homéopathie de Skoura en juin 2015.

Pour lui, cette méthode a de nombreux intérêts :

  • elle est techniquement valable : les interventions sont simples et le stockage facile. Elle permet le rétablissement de l’équilibre agro-environnemental
  • elle est économiquement viable : ça ne coûte presque rien, sans réclamer d’équipement particulier et sans dépendance au pétrole
  • elle est socialement vivable : amélioration des conditions de travail, avec, entre autres, l’absence de contact de l’agriculteur avec des produits toxiques
  • elle est écologiquement acceptable : l’homéopathie n’est pas agressive et ne laisse aucun résidu nocif dans les sols ou les nappes phréatiques. Elle contribue à la préservation de l’environnement et des ressources écologiques

Les fondements de l’homéopathie : une loi, la similitude ; un principe, la globalité ; une technique, la dilution-dynamisation

Les six concepts de base de l’homéopathie et leur application au domaine végétal

 Abdelaziz Yaacoubi, comme Kaviraj, suit l’« Organon de l’art de guérir » qui met en avant six piliers soutenant l’homéopathie :

  1. La cause et la guérison des maladies
  2. La loi de similitude
  3. Le remède unique
  4. La dose minimale
  5. L’art du diagnostic
  6. La totalité des symptômes

En effet, les aphorismes de l’« Organon de l’art de guérir » composent encore aujourd’hui les enseignements de base de tout bon homéopathe. Abdelaziz Yaacoubi l’a donc étudié de près.  Cet ouvrage résume la philosophie d’Hahnemann concernant la cause et la guérison des maladies :

  • « La première, la plus haute et même l’unique vocation du médecin est de rétablir la santé des personnes malades ; c’est ce qu’on appelle guérir »
  • « L’idéal thérapeutique consiste à rétablir la santé d’une manière prompte, douce et durable, à enlever et détruire la maladie dans son intégralité, par la voie la plus courte, la plus sûre et la moins nuisible, en procédant d’après des principes claires et intelligibles »

Cela réclame un examen tant de la condition physique que de la disposition mentale de la personne. Elle doit être scrutée dans sa totalité. Il en ressort une dynamique vers le retour à la santé, la guérison.

En conséquence, il faut prendre acte des points suivants :

  • ce qui doit être guéri dans chaque maladie : percevoir avec discernement l’indicateur de la maladie et pour cela avoir des bases, dans le cadre de l’agro-homéopathie, en biologie, phytopathologie, entomologie, climatologie, pédologie (formation et évolution des sols). Il faut s’intéresser au milieu dans lequel vit l’objet de l’homéopathie et non uniquement aux symptômes
  • ce qui est curatif dans les remèdes : par la connaissance des pouvoirs de guérison des substances. Pour équilibrer l’énergie vitale de la plante de l’apex au bout des racines, une maitrise de la matière médicale (classement des remèdes) est essentielle
  • comment appliquer cette connaissance médicale en homéopathie à la maladie en question, en respectant les principes clairs de l’Organon
  • quel est le remède adapté au cas présent : le remède doit être unique
  • comment préparer le remède et en administrer le montant exactement requis : définir la dose juste et sa répétition judicieuse
  • prévoir les éventuels obstacles à la guérison et comment les écarter : l’homéopathie ne peut pas tout guérir, le recours à la chirurgie (par exemple) est parfois un passage obligé
  • qu’est ce qui perturbe la santé, provoque ou maintient la maladie, et comment en libérer les personnes a priori en bonne santé

La mise en pratique de ces préceptes doit permettre de restaurer durablement la santé des malades, ou de la préserver chez les gens en bonne santé, et ceci dans les trois règnes du vivant : végétal, animal, humain https://www.agrilearn.fr/produit/sinitier-a-lhomeopathie-en-elevage/

Comment déterminer qu’une plante est malade, et quels sont les différents types d’agression qui la menacent ?

Des fonctions physiologiques perturbées ou des tissus abimés sont les signes d’une plante malade. On entend par fonctions physiologiques, la photosynthèse, la transpiration ou la percolation de la sève (c’est-à-dire la circulation des fluides). La mauvaise absorption de l’eau et des sels minéraux verra l’apparition de symptômes parlants : une chlorose par manque de calcium ou une recrudescence des pucerons à cause d’un excès de sucres réducteurs, pour ne citer que ces deux exemples.

Il faut observer attentivement la plante dans sa totalité et ne pas hésiter à l’arracher ou à la couper pour affiner son analyse.

Deux grands types d’agressions mettent en péril la plante :

  • les agresseurs biotiques (difficiles à distinguer les uns des autres, aux symptômes variés) :
    • les champignons parasites (responsable de 90% des maladies)
    • les bactéries pathogènes qui s’infiltrent par une plaie et les phytoplasmes transmis par les insectes
    • les virus et autres viroïdes
    • les nématodes (vers)
    • les acariens et les insectes
  • les agresseurs abiotiques (liés au milieu et au climat) :
    • la chaleur (canicule) ou le froid (gel)
    • le vent chaud et sec
    •  la grêle, et tout autre phénomène météorologique excessif
    • un déséquilibre nutritionnel du sol (voir la pédologie)
    •  des problèmes hydrologiques : l’excès d’humidité asphyxie les racines, quant à la sécheresse…

Pour Abdelaziz Yaacoubi, tous ces problèmes trouvent une solution avec l’homéopathie.

La loi de similitude : à l’origine du nom de la nouvelle médecine de Samuel Hahnemann

C’est à partir des mots grecs homoios « similaire » et pathos « souffrance » que le nom homéopathie a été formé. C’est dire l’importance de cette loi formulée dans l’Organon et déjà évoquée par Hippocrate.

« Pour guérir un syndrome clinique, on prescrit le remède qui administré à un homme sain et sensible déclenchera un syndrome artificiel aussi semblable que possible »

Une piqûre d’abeille provoque un gonflement rouge, chaud et douloureux, soulagé par le froid. Le remède homéopathique à ces maux est Apis mellifica (dont la base est l’insecte de ce nom). Mais toute maladie aux symptômes identiques pourra être également soignée par Apis mellifica, comme l’angine, voire l’arthrose. Les semblables sont guéris par les semblables.

Il en est de même pour Allium cepa, extrait du bulbe d’un oignon, qui pourra agir sur des maladies aux symptômes tels que les yeux qui pleurent sans irritation, le nez qui coule avec un besoin de grand air (allergies printanières ou rhume de cerveau). Toute ressemblance avec les manifestations physiques d’un épluchage d’oignon n’est pas fortuite !

Abdelaziz Yaacoubi nous rappelle ensuite que l’Organon recommande un traitement avec un remède unique, mesure souvent ignorée dans l’homéopathie humaine. Pour le choix de ce remède, faute de pathogénésie (soit le rapport expérimental entre une substance et ses symptômes sur un individu en bonne santé) dans le domaine agricole, on transpose le savoir acquis sur les hommes (comme nous l’avons déjà vu).

Dose infinitésimale et dynamisation, ou comment réaliser de manière artisanale un remède homéopathique

Après avoir constaté que tout remède est en soi un poison, pour éviter l’intoxication Hahnemann introduit la technique de la dilution (qui n’est pas sans rappeler dans son principe la vaccination). En outre, à l’usage, Hahnemann découvre qu’une dynamisation rend le remède plus efficace. C’est la grande originalité de sa réflexion.

En pratique, pour réaliser un remède par la voie liquide à partir d’un insecte ravageur, on commence par prendre un volume de ce ravageur et on le plonge dans quatre volumes d’une solution hydro-alcoolique où il va macérer pendant deux à trois semaines. Le mélange est secoué une fois par jour et conservé à l’abri de la lumière et des sources de résonances électromagnétiques. Passé ce temps, l’on rajoute cinq volumes de la solution hydro-alcoolique (le ravageur ne représente plus alors que 1/10ème de la préparation). Après une première filtration, le liquide repose 24h puis est à nouveau filtré. Grâce à cette recette brésilienne, vous êtes maintenant en possession d’une nouvelle teinture mère, produit de base du futur remède.

En effet, à cette teinture mère va être appliquée une dilution. Pour réaliser une centésimale hahnemannienne (CH), à 1 goutte de teinture mère l’on ajoute 99 gouttes d’eau distillée. Puis le flacon, qui ne doit pas être rempli à ras bord, va être secoué énergiquement. C’est la dynamisation. Le mélange doit ainsi subir 100 succussions. C’est fini, vous avez en main un remède 1CH.

Pour passer à 2CH, il suffit de prendre 1 goutte du précédent remède et de le diluer à nouveau dans 99 gouttes d’eau distillée (dans un autre flacon). Sans oublier les 100 succussions. Retenez que plus la solution est diluée et dynamisée, plus elle est puissante.

Pour faire un remède à partir d’un insecte auxiliaire (la coccinelle pour lutter contre le puceron par exemple), on utilisera la décimale hahnemannienne (DH). À 1 goutte de la teinture mère, on ajoute 9 gouttes d’eau distillé suivi de 100 succussions pour obtenir 1DH. Les phéromones encore présents de l’insecte auxiliaire vont multiplier son efficacité.

Il est parfois nécessaire d’adapter sa méthode de préparation. Abdelaziz Yaacoubi nous le démontre avec la réalisation d’un remède anti-escargot. Après avoir broyé des coquilles sèches d’escargot, il triture 1g du résultat avec 99g de lactose qu’il adjoint en trois fois (33g). Il obtient ainsi 1CH.

Il existe aussi une autre technique de dilution mise en vigueur par l’homéopathe russe Semion Korsakov (1787-1853). Elle se caractérise par l’absence de changement de flacon. Celui-ci est vidé après chaque dilution et à nouveau rempli. On considère ici que le liquide resté sur la paroi suffit. Les succussions se pratiquent quant à elles de manière identique. Cette dilution Korsakovienne est signalée par un K.

L’art du diagnostic phytosanitaire

Selon l’ingénieur agronome Gilbert Chauvel, diagnostiquer une maladie est « l’acte de reconnaitre une affection phytosanitaire à partir des symptômes, signes et indices », à la recherche de dysfonctionnement ou d’altération sur l’ensemble de la plante. Une enquête de terrain approfondie doit être menée, auprès de l’exploitant en premier lieu, afin d’obtenir une vue précise de l’environnement de production (sol, climat, culture). Une évaluation des facteurs étiologiques (les causes) qui ont pu prédisposer à la maladie, voire la déclencher, que ce soit lors du développement ou lors d’un traumatisme ou d’une infection, sera accomplie. Sans oublier les éventuels traitements déjà subis, à la recherche d’un effet iatrogène (effets indésirables d’une thérapie).

Ensuite, un relevé de la répartition des plantes malades sur la parcelle sera effectué. Il déterminera la dynamique de propagation de la maladie dont l’interprétation pourra être décisive. En effet, une maladie en évolution est le signe d’une agression biotique. Autre détail qui n’en est pas un, la localisation des symptômes sur les plantes : quelles feuilles sont touchées ? Sur un côté ? Les deux ?… Dans cette approche systémique (dans son intégralité et son milieu) de la plante, rien ne doit être négligé.

En résumé, l’approche homéopathique pour le traitement des plantes suit la procédure suivante : examen et observation de la pathologie, sa localisation (les organes ou les parties atteintes) et comparaison avec la physiologie normale, afin d’établir un diagnostic, un pronostic, et une thérapie.

La diversité des symptômes à détecter

Pour collecter les modifications du phénotype par rapport à celui qui est attendu, donc les symptômes, on analyse les écarts de l’apex au bout des racines, sans se focaliser sur les symptômes apparents. Encore faut-il donc bien connaître la plante saine pour observer ces écarts. Temps d’incubation (moment séparant l’infection de l’expression du symptôme) et temps de latence (entre l’infection et la sporulation) entrent en jeu. Il convient aussi de distinguer le symptôme-cause (primaire) du symptôme-conséquence (secondaire).  Ainsi par exemple, une nécrose racinaire (symptôme primaire) provoquée par un parasite entraine un flétrissement de la plante (symptôme secondaire).

Quels sont les différents symptômes pathologiques que l’on observe chez les plantes ?

On en compte huit (à découvrir en image dans notre vidéo) :

  • modifications de couleur : albinisme, anthocyanose, chlorose, mélanose, des mosaïques, virescence
  • altérations d’organe : nécrose, pourriture, flétrissement
  • modifications anatomiques des rameaux et des tiges : balai de sorcière ou chancre (ce dernier au niveau de l’écorce)
  • modifications au niveau des feuilles : des feuilles frisolées (limbe foliaire boursouflé et gaufré)
  • modifications au niveau des fleurs : virescence (pièces florales restant vertes) ou chloranthie (des feuilles remplacent les pièces florales)
  • anomalies de croissance : nanisme et atrophie, déformation d’organe (hypertrophie et gigantisme)
  • anomalies internes : thyllose, callose
  • excroissances pathologiques : la gale (altération superficielle de l’épiderme) qui diffère de la galle, appelée aussi cécidie (excroissance due à des parasites), des tumeurs

L’individualisation des symptômes chère à Hahnemann doit s’adapter à l’agriculture. Ainsi, l’on raisonne au niveau de la parcelle, du verger ou du champ.

Principes directeurs de l’utilisation des remèdes suivis d’une ébauche de répertoire agro-homéopathique

Comme nous l’avons vu précédemment, il y a deux modes d’action des remèdes :

  • transposition d’un remède déjà utilisé dans l’homéopathie classique sur l’humain et l’animal :
    • pour un coup de froid dû à un vent sec et froid on utilise Aconit, sans se soucier d’identifier la maladie concernée.
    • autre exemple, Dulcamara, qui est utilisé contre les effets d’un froid humide en homéopathie humaine, fonctionne aussi pour les plantes malmenées par des pluies froides abondantes.
  • par imitation de la nature :
    • à tout ravageur correspond un prédateur : la coccinelle est le prédateur du puceron, le remède Coccinella septempunctata sera alors utilisé contre lui. Et ceci en dehors de toute référence à son utilisation chez l’homme (brûlures d’estomac ou douleur des reins).
    • ne pas oublier aussi l’allélopathie (quand une plante influence la croissance d’une autre) : Abdelaziz Yaacoubi nous donne l’exemple de la fougère femelle qui limitera la prolifération des plantes adventices et deviendra par la suite un désherbant acceptable.

Le choix de la dilution est évidemment important. Nous avons déjà énoncé que plus un remède est dilué, plus il est vigoureux. Ainsi, pour des petites plantes annuelles, Abdelaziz Yaacoubi recommande en priorité du 6CH. Alors que pour des plantes pérennes et les arbres fruitiers, on commencera avec du 30CH. D’autres facteurs, comme l’âge de l’arbre, peuvent jouer. Et rappelons que si l’on utilise un remède issu d’un prédateur, par exemple Coccinella, il ne faut pas sous-estimer l’influence des phéromones à l’état résiduel qu’il contient. En attirant d’autres coccinelles, elles augmentent son efficacité. Une faible dilution est alors préconisée.

La dose nécessaire, qui doit être unique, est faible. En effet, le remède envoie surtout un message, une information (vous avez dit mémoire de l’eau ?). Arrosage ou pulvérisation, peu importe la façon de l’administrer.

Signalons que contrairement à l’usage chez l’homme, on ne doit pas constater une aggravation temporaire des symptômes après le traitement.

Aperçu de certains remèdes à l’usage reconnu pour les végétaux

À l’aide de la matière médicale homéopathique (encore peu fournie pour les plantes), l’on recherche le remède qui couvrira la totalité (ou le maximum) des symptômes inventoriés. Voici une présentation rapide de 17 remèdes utilisés en agro-homéopathie :

  • Aconit (de la plante aconitum napellus) : remède indiqué chez l’homme en cas de frayeurs, fièvres, soif, agitation et peur de la mort, avec aggravation nocturne. Symptômes liés à un froid sec. En agriculture, l’emploi rapide d’Aconit détermine le résultat, sur la rouille d’automne par exemple que l’on repère par des pustules rouges de couleur claire entourées de cercles jaunes. Aconit permet aussi de traiter les excroissances, les feuilles gaufrées, les flétrissements, les blessures, les dommages mécaniques, la pourriture noire, le virus de la jaunisse nanisante de l’orge et en général tout symptômes soudain.
  • Apis mellifica : indiqué chez l’homme, comme nous l’avons vu, en cas de piqûre entrainant un gonflement, une rougeur, une douleur améliorée par le froid, sans soif. Pour les plantes, remède recommandé contre les insectes, les taches rouges sur l’écorce, en cas de changement de température du froid au chaud, pour l’absorption des nutriments, la fertilité du pollen, et enfin s’il y a chute de fleurs ou fruit prématuré.
  • Arnica montana : prescrit contre les traumatismes, les bleus du corps et de l’âme. Pour les plantes suite à une tempête (de grêle) ou lors d’une transplantation. Par arrosage car le remède ne s’applique pas sur une plaie.
  • Arsenicum album : à partir du poison bien connu. En cas de symptômes améliorés par la chaleur et de soif augmentée la nuit. Pour les plantes craignant l’air froid et le temps humide. Il soigne la partie de la plante qui semble pourrie et sent le cadavre. A bien fonctionné sur la fusariose (provoquée par le champignon fusarium oxysporum) touchant les palmiers-dattiers de Skoura.
  • Belladonna : de la belladone, plante toxique de la famille des solanacées. Réponse chez l’homme aux symptômes tels que rougeur, douleur et fièvre intense, chaleur rayonnante. Le sujet ne peut regarder la lumière. Remède utilisé contre toutes les rouilles à pustules rouges foncées à bordure orangée (comme sur le pommier de Kaviraj), le virus de la mosaïque du tabac (en Inde), le virus de la mosaïque nanisante de l’orge (au Brésil), les acariens jaunes, le mildiou, l’oïdium et les maladies des taches des céréales, entre autres.
  • Calcarea carbonica : élaboré à partir de la coquille de l’huitre. Améliore l’absorption et l’utilisation du calcium. Renforce la résistance des fruits, de l’écorce. Maintient l’acidité de la plante dans ses limites et intervient dans le métabolisme hydraulique.
  • Cantharis : obtenu à partir de la mouche d’Espagne (coléoptère). Soulage les cloques issues de brûlures relativement sévères mais aussi les simples ampoules aux mains par exemple. Appliqué sur toutes les formes de brûlure, coupe de soleil, cloques sur feuilles et pétales, brûlures causées par les engrais, par les gouttelettes d’eau, par le vent, suites aux feux de broussailles, efficace aussi contre les punaises bronze orangé et les coléoptères méloïdés.
  • Carbo vegetabilis : réalisé à partir de charbon de bois. Aide à la récupération pour les plantes affaiblies. Suite de pourritures, décomposition, putréfaction, anthracnose, perte de fluides vitaux, nématodes,…
  • China rubra : obtenu à partir de l’écorce de quinquina rouge. Utilisé pour les animaux en cas de perte de fluides vitaux. Chez les végétaux pour les plantes faibles et qui présente une écorce ou des taches jaunes sur les feuilles. Utile pour « détoxifier » les plantes traitées par la chimie.
  • Dulcamara : réalisé avec la douce-amère. Remède pour les voies respiratoires, les verrues. Pour les plantes mises à mal par excès d’humidité et les affections des feuilles de type écailleux, croûte épaisse, gale.
  • Ferrum phosphoricum : issu du phosphate de fer. La chimie l’utilise contre les limaces. En agriculture, le remède a donné satisfaction sur les premières manifestations de rouille, les attaques bactériennes, les pourritures, les pucerons et la chlorose ferrique. Il améliore la floraison et la production de fruit ainsi que la circulation de la sève vers l’extrémité des plantes.
  • Natrum muriaticum : développé à partir du sel marin. Facilite l’acclimatation des plantes, utile en cas de stress hydrique ou thermique. Améliore l’absorption des nutriments en cas d’arrêt de la fertilisation et contribue à la lutte antibactérienne.
  • Nux vomica : à partir de la noix vomique. Pouvoir detoxifiant sur les plantes et le sol. Peut assainir un terrain en vue d’un passage en bio. Également pour les plantes qui ont un problème d’absorption des nutriments, à l’écorce rouge ou teintée. On conseille d’appliquer sur les plantes pérennes une haute dilution, jusqu’à 1000CH.
  • Phosphorus : à partir du phosphore, utilisé chez l’homme en cas d’hémorragies, d’angoisses, fatigue générale. Sur les plantes à taches oriolées, rouille striée, touchées par la chlorose, la pourriture molle, les ravageurs, les carences ou les excès de phosphore. Recommandé pour détoxifier les sols pollués par des pesticides organophosphorés.
  • Silicea : développé à partir du quartz ou de la silice du sale marin. Pour gérer l’après vaccination chez les animaux, et aussi en cas de constipation et de suppuration. Remède polychreste (champ d’usage étendu), essentiel en agro-homéopathie : Silicea rééquilibre le sol, agit sur la rétention d’eau, stimule la germination, favorise l’installation des fruits, relance les plantes chétives, régularise le processus cellulaire, lutte contre les maladies de l’écorce, les moisissures, les pucerons, les acariens, le vers des agrumes, les insectes xylophages et limite la propagation des plantes adventices…toutefois, il faut être prudent avec Silicea et ne pas l’utiliser par temps chaud ensoleillé. De surcroît, on recommande une fréquence réduite (une seule fois par cycle) pour les producteurs de grains, contrairement au producteur de fleurs.
  • Sulfur : à base de souffre. Ce remède améliore l’état général de la plante et ses défenses naturelles, ce qui réduit d’autant l’impact des maladies. Expérimenté (en 200CH) au Brésil pour le stockage des céréales afin de lutter contre les  mycotoxines qui se développent dans les silos, il inhibe aussi la croissance d’aspergillus parasiticus et agit contre l’aflatoxine b2. Peut aussi être utilisé pour décontaminer un sol pollué par des pesticides. Il permet de contrôler les maladies virales comme les fongiques et participe aussi à la croissance des liliacées tels l’ail, l’oignon ou le poireau.
  • Thuya occidentalis : réalisé à partir du cèdre du Canada. Indiqué contre les verrues et dans le suivi de la vaccination. Utile contre les acariens, les chenilles, les cochenilles, les parasites des cucurbitacées, les tumeurs bactériennes et les galles fongiques. C’est avant tout le meilleur remède contre la cloque du pêcher : « c’est grâce à ce remède que je suis devenu agro-homéopathe » nous confie Abdelaziz Yaacoubi. Les brillants résultats (obtenus en moins de 48h) rapportés dans l’introduction de ce texte résultent d’un traitement avec Thuya occidentalis.

La boucle est pour ainsi dire bouclée. Toutefois, l’usage de l’agro-homéopathie reste bien sûr encore expérimental.