Pratiquer l’insémination artificielle soi-même : c’est possible !


L’insémination artificielle (IA) des bovins est un acte courant dans nos élevages. Impressionnante pour le néophyte, l’IA est réalisée par un professionnel expérimenté qui s’applique à déranger le moins possible l’animal. Olivier Vuillet propose de former les éleveurs à cette opération simple dont le succès n’est pas acquis. Découvrons ensemble les tenants et les aboutissants de cette opération.

insémination artificielle

Une vache féconde : le tarissement, une période charnière

La bonne reprise du cycle de reproduction après le vêlage [Voir La ferme de la Bussière « le vêlage d’une limousine » ép.4] est préparée lors de la phase de tarissement de l’animal. Elle est provoquée par l’arrêt de la traite dans les deux derniers mois précédant la mise bas. Pendant cet intermède, l’alimentation de la vache doit faire l’objet d’une surveillance  attentive. Car la future mère ne doit ni grossir ni maigrir dans l’objectif de terminer le développement harmonieux de son veau tout en facilitant sa naissance.

Un exemple de l’attention portée à l’alimentation : le BACA

La vache doit avoir un bilan alimentaire cation anion (BACA) négatif afin de réduire le risque d’hypocalcémie, facteur délétère à son état de santé. Le pH de l’urine permet de mesurer le BACA. En effet, une hausse du pH est un signe d’alcalinisation dont les cations sont responsables. Pour renverser cette tendance, il faut acidifier la ration de la vache.

En conséquence, il faut éviter les aliments riches en potassium comme la luzerne. L’herbe pâturée peut aussi en contenir beaucoup, d’où la recommandation de laisser les vaches taries dans les bâtiments en accord avec le contrôle strict de leur alimentation. Et l’ajout de minéraux (comme le chlorure de magnésium) s’impose parfois. Olivier Vuillet rajoute de l’huile de foie de morue qu’il considère comme un « carburant de l’ovaire ».

Stress et reproduction ne font pas bon ménage

Un accès à une eau propre et en quantité importante est aussi essentiel [voir 1er pilier de la santé animale : respecter l’homéostasie. Gilles Grosmond]. Sous peine d’entrainer un stress bloquant la reproduction. Il en est de même avec une nourriture contaminée par des mycotoxines ou une infestation majeure des parasites (strongle, petite et grande douve) liée à un surpâturage.

Pour se débarrasser de ces vers, Olivier Vuillet recommande la phytothérapie plutôt que la chimie [Voir Découvrir les savoirs sur l’usage traditionnel des plantes. Florence Lardet]. D’autres facteurs de stress touchent à l’environnement des bovins. Il en est ainsi d’une ventilation insuffisante entrainant un manque d’oxygène. De la même façon, un sol glissant dans les bâtiments ou une trop forte densité d’animaux au m² compliquent l’expression des chaleurs.

Et les courants de fuite électriques simples, mais aussi telluriques et magnétiques, ne sont pas à négliger [Voir Supprimer les pollutions électromagnétiques grâce à la géobiologie. Maurice Lepage] 

Bien observer ses bêtes pour décider de l’agenda des IA

La lactation étant déclenchée par la naissance d’un veau, une nouvelle insémination ne tarde pas après le vêlage. De fait, le processus d’involution utérine qui suit immédiatement le vêlage redonne  promptement à l’utérus une forme et une dimension normale.

De surcroît, le tissu qui tapisse l’utérus est renouvelé. Une vache peut ainsi ovuler seulement 14 jours après la mise bas, sans toutefois exprimer de chaleurs. Ces dernières pourront être observées à nouveau chez la plupart des membres du troupeau avant le soixantième jour post vêlage. Les reproductrices ne tarderont alors pas à être inséminées.

La saison privilégiée pour inséminer

La majorité des inséminations artificielles a lieu entre les mois de novembre et de mars (le temps de gestation d’une vache étant de neuf mois et dix jours, la majorité des vêlages auront lieu entre la fin de l’été et le début de l’hiver). Il y a bien sûr des motivations pratiques à ce calendrier. En effet, pendant cette période hivernale les animaux sont dans les bâtiments, ce qui facilite l’opération. Cela permet surtout à l’éleveur de mieux repérer les chaleurs des vaches. Ces dernières correspondent à la phase d’œstrus, courte période qui aboutit à la libération par les ovaires d’un ovocyte, future cible des spermatozoïdes.

Une brève période de fertilité signalée par les chaleurs

Les chaleurs surviennent tout au long de l’année, avec un intervalle plus ou moins régulier de 21 jours, et durent en moyenne de 6 à 18 heures. Pour les repérer, l’éleveur doit guetter des comportements spécifiques à cet état. L’acceptation du chevauchement (la vache reste immobile quand elle est montée par une camarade) en est le plus fiable, mais il est peu commun et furtif.

D’autres signes, plus facilement observables, s’offrent aux regards de l’éleveur. Le flehmen (l’animal retrousse sa lèvre supérieure en étirant le cou pour détecter des phéromones), la pose de la tête sur la croupe ou le fait de chevaucher une congénère en sont des exemples.

Le moment est venu de réaliser l’introduction d’une semence choisie par l’éleveur. Il faut agir assez vite puisque l’ovule libéré est fécondable 8 à 12 heures. Pour accomplir efficacement les gestes nécessaires, il est primordial pour l’éleveur devenu inséminateur de ne pas ignorer quelques instructions.

Connaître l’anatomie de la vache pour accomplir une IA

Olivier Vuillet nous présente en détail l’équipement requis et sa correcte utilisation. En effet, il ne faut pas gâcher des paillettes de spermatozoïdes en les décongelant maladroitement. Sorties de l’azote liquide, où elles peuvent se conserver sans fin à -196°, les paillettes doivent être amenées à une température approchant les 36° en pas plus de 40 secondes grâce à un bain-marie.

Elles ne doivent rentrer en contact ni avec de l’eau, ni avec du sang, et s’altèrent en cas d’exposition aux UV. Elles sont ensuite placées dans un pistolet d’insémination doté d’une gaine à usage unique, bientôt mis en réserve contre l’épiderme de l’exécutant (coincé dans son dos). Celui-ci se munira d’un gant jetable et de gel pour rejoindre l’étable où l’attend la vache. Mais avant de procéder, un petit cours d’anatomie est obligatoire pour la réussite de l’entreprise comme pour la santé de l’animal.

L’insémination, un acte à faire avec précaution

La logique voudrait que seul l’appareil génital du bovin soit concerné par l’opération. Mais ce n’est pas le cas puisque l’inséminateur doit d’abord engager un bras dans le rectum de la vache. Cette manœuvre, réalisée délicatement, a pour but de saisir doucement le col de l’utérus à travers la fine membrane qui les sépare.

Cette première action accomplie, l’inséminateur s’empare du pistolet. Après avoir préalablement nettoyé la vulve, il introduit le dit pistolet dans l’utérus où il chemine prudemment. Atteignant le col de l’utérus tortueux et étroit, qu’il maintient légèrement comme on l’a vu, il peut le dépasser puis déposer « gentiment » la semence. Ici placée, les spermatozoïdes gagnent une dizaine d’heures sur leur parcours naturel.

Quand Romeo rencontre Juliette

Les « Roméo », comme les nomme Olivier Vuillet, n’ont plus alors qu’à remonter les cornes utérines pour rejoindre  « Juliette » dans l’oviducte. Le nouvel embryon ainsi formé s’implantera bientôt dans l’utérus, c’est le phénomène de nidation. La suite des événements ne dépend plus du soin apporté à l’insémination, quoique le choix de la race sélectionnée pourrait amener des difficultés à la mise bas si le veau est trop gros… [Voir Reproduction et sélections des animaux. Les bases. Florence Lardet]