Loin des projecteurs, des agriculteurs audacieux inventent une agroécologie vivante, autonome et résiliente, porteuse d’un avenir durable.
Partager notre métier et apprendre (aux autres) les beautés de ce métier... Il nous permet de nous dépasser et de viser toujours plus haut à chaque nouveau défi rencontré. L'environnement est au centre de nos préoccupations. En plus d'être bio, nous sommes également en agriculture de conservation des sols. Il ne faut pas être fou pour travailler ici mais ça aide... !
Florian Henneuse Éline Dufossez Maraîchers & éleveurs ovins
Combler un manque
Pourquoi en parle-t-on si peu ? Pourquoi passent-ils le plus souvent sous les radars médiatiques ? Sont-ils trop discrets, même si certains sont déjà intervenus dans les médias, ou alors trop modestes, encore trop minoritaires et peut-être gênants dans le monde agricole ? Pourtant ils sont là, on en a rencontré. Ils existent, ces agriculteurs engagés sur le chemin de l’agroécologie. Ils incarnent une forme indéniable de réussite humaine, écologique et économique. La plateforme agrilearn.fr leur consacre un magnifique reportage réalisé sur le terrain, au printemps et en automne. Un reportage sans bla-bla, très riche d’informations précises qui serviront à d’autres, n’en doutons pas.
Pourquoi en parle-t-on si peu dans le débat public, alors qu’ils sont porteurs d’un espoir immense, celui de sortir de l’impasse où s’est enfoncée l’agriculture conventionnelle, conduisant à la colère et au dé-sespoir de tant d’agriculteurs ? Parce qu’ils seraient adeptes du passé ? Pas du tout ! Ce sont des hommes et des femmes de leur temps et même mieux, des innovateurs audacieux. Il faut de l’audace pour sortir des routes balisées et s’engager dans des itinéraires où l’on dispose encore de peu de réfé-rences. De l’audace pour se priver non seulement de la chimie (l’agriculture bio) mais aussi de la char-rue (agriculture de conservation) qui concentre pourtant, avec son ancêtre l’araire, toute la symbolique de l’agriculture depuis des millénaires. De l’audace pour réintroduire l’élevage dans des fermes qui l’avaient abandonné.
Pourquoi en parle-t-on si peu dans les médias ? Sans doute parce que le grand public demande de l’émotion, du spectaculaire, du sensationnel pour échapper à la morne condition du quotidien. C’est le plat que les médias cherchent à lui servir chaque jour pour faire de l’audience. Or un avenir durable et respectueux de la nature ne se bâtit pas sous les feux de la rampe. Ceux qui le construisent font rare-ment le buzz comme on dit aujourd’hui. La ferme évolue pas à pas, dit l’un de ces pionniers. Anticipa-tion plutôt que réaction, curiosité en éveil, force tranquille et détermination plutôt qu’agitation.
Sous la conduite d’Alain PEETERS, passionnant agronome agroécologiste qui nous ouvre à l’agriculture biologique de conservation (ABC), Agrilearn a rencontré et filmé en vidéo une dizaine de ces innovateurs qui travaillent dans un esprit complètement différent de ce qu’on a l’habitude de voir en agriculture. Leur prise de risque est maîtrisée, depuis quelques années seulement pour certains, mais sur deux générations pour d’autres, avec des essais et erreurs. Ils n’échappent pas, évidemment, aux intempéries et autres conséquences du dérèglement climatique, mais ils les intègrent dans une forme plus résiliente d’agriculture. On a tant besoin de leur témoignage !
Des agriculteurs.trices pas tout à fait comme les autres
Qui sont donc ces innovateurs-trices ? Qu’est-ce qui les a conduits à descendre du train, comme écrit l’un d’entre eux, au risque de se briser les os ? On pourrait dire du train-train des systèmes ultra simpli-fiés et spécialisés engendrés par la révolution verte où la chimie aurait réponse à tout. S’agit-il d’intellos qui se rêveraient comme l’élite d’une paysannerie attardée ? Ce n’est nullement l’image que renvoie le reportage. Aucun ne dénigre les collègues conventionnels. Pas de polémique. Simplement, ils ont déci-dé de pratiquer autrement et nous expliquent comment.
De tous âges, nos témoins sont pour la moitié d’entre eux, c’est important, des jeunes. Plutôt instruits et même plus pour certains, ils sont en général issus du monde agricole et, s’ils ont les pieds sur terre, et même dans la terre, ils n’ont pas, comme on dit, la grosse tête ni les deux pieds dans le même sabot. Les fermes sont de taille moyenne voire petite, très loin du gigantisme des exploitations qu’on observe de plus en plus, très loin aussi du bio productiviste. On observe chez eux la compétence et on sent la passion. Connaissant leur affaire, ils répondent aux questions avec aisance et précision, sans langue de bois. Les uns prennent plus de hauteur que d’autres quand ils expliquent leurs choix, mais tous savent où ils veulent aller et dans quels buts.
Alain PEETERS conduit les entretiens, souvent en bottes dans les parcelles, une bêche à la main. Il sait écouter, qualité rare aujourd’hui, poser les bonnes questions, parfois très techniques, en fin connaisseur du sujet, et mettre en avant les pratiques de ses interlocuteurs, sans jugement, même quand tel ou tel est encore loin de l’ABC. Il lui arrive, en nous montrant une machine, une culture, un couvert, un profil de sol avec attention, d’apporter un éclairage toujours bienvenu, complété en fin de reportage par la pré-sentation de l’association Terres Vivantes. Une séquence est consacrée à sa propre expérience de con-duite d’un domaine agricole. Les dix agriculteurs qui témoignent dans cette série n’en sont pas tous au même stade mais tous ont la volonté d’avancer. Aucun ne parle de revenir en arrière, de régresser vers le modèle conventionnel qu’ils ont quitté. Descendus du train, ils n’y remonteront pas.
Être paysan, c’est incarner un pays, être garant de ses paysages. C’est accomplir à travers les travaux et les jours une fonction vitale : nourrir les humains pour les em-pêcher de mourir. C’est aussi rendre les espaces vivants et vivables. Dessiner ce que Fernand Braudel appelait « l’identité de la France ». Éric Fottorino Hebdo le 1 30/01/2024
Chaque itinéraire personnel et professionnel est singulier, conduit dans le contexte particulier d’une exploitation et d’un terroir. Les terroirs du reportage se situent à l’ouest, au centre et à l’est de la Wal-lonie, en Belgique donc, dont on entend l’accent sympathique. Aux côtés de la personne qui témoigne dans le reportage, il y a souvent, discrète, une famille dont le travail contribue efficacement à la réussite du système.
Ils présentent leur système
Les vidéos nous montrent de la plaine, des vallons, des horizons boisés, des chèvres, des moutons, des vaches, du maraîchage, des céréales, des couverts, des arbres fruitiers, toujours de l’herbe, des haies, et aussi des machines, mais d’abord des hommes et des femmes engagés. Le contenu est à dominante technique. Nos témoins présentent leur système de production et son histoire, leurs itinéraires tech-niques souvent complexes et évoquent sommairement la transformation des produits et leur système commercial. Certains s’attardent sur leurs équipements : semoir à semis direct, bineuse, herse, rouleau faca, fissurateur à dents étroites… mais on aperçoit aussi, furtivement, des nichoirs pour les petits oi-seaux alliés des cultures et même les rapaces. Ils partagent leurs observations, leurs interrogations, leurs réflexions, leur choix de dimensionnement ou d’échelle de l’entreprise, leur choix de vie, leur rapport à la nature, au travail, aux autres agriculteurs, aux consommateurs, à l’éveil des enfants, aux humains, aux animaux. Quelques séquences sont consacrées à l’agroforesterie.
Les productions végétales occupent la majeure partie du reportage : céréales, légumineuses, colza asso-cié, méteils, quelques allusions aux cultures industrielles, aux légumes, aux fruits et même à l’horticulture, mais surtout l’herbe, prairies permanentes et temporaires, bandes herbeuses. On voit toute l’attention portée à la conduite du pâturage, facteur essentiel de l’autonomie des exploitations. Les prairies temporaires de graminées et légumineuses, fréquentes dans les rotations de tous les té-moins, sont une des clés de l’agriculture biologique de conservation (ABC). Elles appellent, évidem-ment l’élevage.
Les couverts diversifiés de type Biomax, magnifiques, il faut le dire, sont sans doute les vedettes les plus en vue des plantes montrées dans le reportage. Ces couverts originaux, semés juste après la mois-son, servent à étouffer les adventices, nourrir les animaux et les alliés des cultures, et surtout nourrir, structurer et vivifier le sol ; et puis restituer de l’azote à la culture à venir. On va les écraser avant la culture suivante et les laisser au sol pour nourrir les bactéries par la décomposition des feuilles et les champignons par celle des tiges.
Reconstituer le système agro-sylvo-pastoral, le système le plus vertueux pour l’agriculture. Le piétinement des parcelles par les moutons, même l’hiver, re-lance l’activité microbienne du sol.
Claude Henricot Pionnier de la transition écologique Qui a vendu sa charrue il y a 23 ans.
Ils innovent
L’innovation se manifeste-t-elle simplement par des « ne pas » : ne pas travailler le sol en profondeur, voire même ne plus le travailler du tout, ne pas épandre d’engrais de synthèse, ne pas désherber chimi-quement, ne pas utiliser d’insecticides ni de fongicides, ne pas intervenir de façon intempestive… ? S’il suffisait de « ne pas » agir, ce serait finalement bien simple. Et risqué !
La principale innovation consiste à changer radicalement le regard porté sur le rapport de l’agriculteur.trice à la nature, non plus dans la lutte, la maîtrise et la domination, parce que la nature est indomptable et qu’à s’y acharner on y perd son âme, mais dans l’alliance. Stimuler, accompagner, gérer, contenir, organiser, ordonnancer, faciliter, permettre d’advenir… Pas du côté de la mort mais de la Vie. Pas du côté de la vérité immuable, du modèle tout construit, mais du chemin, du mouvement, de la quête d’harmonie, de la recherche permanente, Pas de recette à appliquer partout. Pas de poudre chi-mique ni de solution miracle. Eh non, il n’y en a pas et il n’y en aura jamais, parce que le miracle est déjà là, c’est celui de la nature à laquelle nous, êtres humains, appartenons et dans laquelle le paysan cherche sa place sans l’exploiter inconsidérément. Il ne s’agit pas de faire « cracher » un maximum ni d’épuiser les ressources… Toujours rendre au sol ce qu’il donne, en particulier du carbone. L’énergie, pour l’essentiel, c’est le soleil qui la fournit au système ; et celle-là est gratuite.
Comment cette vision nouvelle se traduit-elle en pratique ? S’arracher à la routine où l’un des témoins dit s’être rapidement ennuyé, mais rester plus que jamais les pieds sur terre, les yeux grands ouverts pour observer avec soin. Cela conduit à utiliser de nouvelles machines, cultiver de nouvelles espèces et variétés, choisir des races adaptées et adopter de nouvelles pratiques. Pour l’un ou l’autre d’entre eux, une innovation importante a consisté à réintroduire l’élevage dans son système de production. D’autres ont entrepris de transformer leurs produits, ce qui suppose un laboratoire de transformation, l’acquisition d’un savoir-faire, la création d’emploi et la mise en place d’un système commercial.
Chez tous, l’innovation place l’herbe au centre du système de production, ainsi que les couverts perma-nents et temporaires d’au moins quatre espèces végétales (Biomax) et les cultures associées, le tout sti-mulé par les engrais de ferme.
On fait des essais. Si ça ne marche pas, on a le magasin pour valoriser quand même nos produits.
Florian Henneuse Maraîcher Éleveur ovin
L’agriculteur.trice n’est pas une vedette de concours en quête de record, mais un arrangeur du grand concert de la nature avec ses cycles de l’eau, du carbone, de l’azote, qu’il valorise. Surtout ne pas tra-vailler le sol pour ne pas perturber la vie foisonnante qui en assure non seulement la fertilité mais aussi la santé, fondement de la santé des plantes et des humains. Se tenir toujours en éveil, en observateur attentif des animaux et des plantes. En cas d’erreur il ne se rattrapera pas avec de la chimie.
Comment vivre sans inconnu devant soi ?
René Char Poète et résistant (1907-1988)
Quand la caméra de Laurent montre par une belle journée d’octobre de magnifiques couverts de Bio-max, mélange dense d’espèces végétales, on entend des noms poétiques dont beaucoup d’entre nous, assurément, n’ont jamais entendu parler : nyger, consoude, phacélie, fénugrec, radis daïkon… toute une diversité de plantes destinées à réveiller puis à développer la vie du sol et donc sa fertilité.
Ils ne craignent pas la COMPLEXITÉ
Ce qui caractérise globalement les agriculteurs rencontrés, ce n’est pas la taille de la ferme ni son orien-tation animale ou végétale, mais la complexité du système diversifié, pour la plupart sans recours, on vient de le dire, à la chimie ; foin de la facilité ! La révolution verte qui a engendré l’agriculture con-ventionnelle a promu la spécialisation, la simplification, l’intensification, à l’image de l’industrie. Ici, on est à l’inverse dans la diversification, l’enrichissement du métier, avec toutefois des coûts directs de production faibles mais, pour certains, des investissements importants, toujours réfléchis.
On n’est évidemment pas dans la monoculture ni même dans l’assolement triennal, mais dans des rota-tions longues sur six ou huit ans. Plusieurs ont coupé leurs parcelles par des bandes herbeuses de trois mètres en mélanges non seulement complexes mais alternés, comme en quinconce, abritant de la biodi-versité auxiliaire. Ils ont limité les parcelles par des haies comportant un grand nombre d’essences d’arbres et d’arbustes qui abritent aussi de la biodiversité. Ils associent leurs cultures pour qu’il y ait toujours des légumineuses pourvoyeuses d’azote et doivent maîtriser la pousse pour éviter que le trèfle ou autre ne domine la culture principale. Ils ne laissent jamais le sol nu, se dépêchant d’implanter un couvert, complexe, lui aussi, aussitôt la moisson. Plusieurs produisent eux-mêmes leurs semences.
Quant aux animaux, on ne les lâche pas comme ça dans une grande pâture et qu’ils se débrouillent ; non, on les conduit en pâturage tournant, voire en pâturage tournant dynamique avec une herbe tou-jours d’excellente qualité, de l’ombre et de l’eau pour les bêtes. Ce n’est pas de tout repos, tout ça !
Mais la plupart ne s’arrêtent pas là ; ils transforment leurs produits, légumes, fruits, céréales, viande, lait, plantes aromatiques… et les vendent, transformés ou non, en circuit court, voire dans un magasin à la ferme. On sait que la transformation demande grand soin et beaucoup d’attention à l’hygiène, sans compter la gestion des commandes. Quelle charge mentale ! On est surpris de la somme d’informations qu’ils ont dans la tête : le nombre d’animaux dans un lot, les dates de mise-bas, de semis, de récolte, les doses, les rendements de chaque parcelle, les antécédents culturaux… Les maraîchers sont sans doute ceux dont le système est le plus complexe mais les éleveurs ovins ne sont pas en reste. Ils ont bien sûr, on s’en doute, recours à l’informatique mais tous sont impressionnants de connaissances et de maîtrise. Devant la caméra, pas de chiqué !
Ils visent l’AUTONOMIE
C’est un maître-mot, un objectif de tous nos témoins. La notion concerne les différents domaines de la ferme. • Autonomie alimentaire du troupeau : produire sur la ferme tout ou presque tout ce dont les ani-maux ont besoin pour leur nourriture : herbe, céréales, protéagineux, haies fourragères.
• Autonomie vis-à-vis de l’industrie chimique : peu ou pas d’intrants de synthèse : engrais, herbi-cides, insecticides, fongicides, anti-limaces...
• Autonomie, donc, pour la gestion des adventices, des pathogènes et ravageurs des cultures ainsi que la fertilisation du sol nourri par les plantes elles-mêmes et les déjections animales.
• Autonomie pour la bonne santé des animaux, élevés le plus souvent dehors sur un sol sain, des animaux rustiques, conduits de façon à limiter le parasitisme.
• Autonomie vis-à-vis des firmes semencières, en produisant soi-même ses semences paysannes rustiques, couvrantes et adaptées au terroir.
• Autonomie dans l’adaptation et l’autoconstruction de certaines machines.
• Autonomie vis-à-vis de la grande distribution et du marché mondial concurrentiel et volatil, permise par la transformation des produits à la ferme et à leur commercialisation en circuit court.
• Autonomie vis-à-vis de la ressource en eau, grâce à la matière organique et à la vie du sol, ainsi qu’aux brise-vents.
• Autonomie foncière : inutile de s’agrandir indéfiniment au point d’y perdre son âme. Mieux vaut nouer des partenariats, partager des équipements, trouver la bonne dimension pour maîtri-ser son affaire, développer de la valeur ajoutée, raisonner le travail, créer de l’emploi, rester en bonne santé.
• Autonomie énergétique : cet objectif est difficile à atteindre mais les agriculteurs engagés vers l’ABC limitent le recours aux énergies fossiles en abandonnant le travail profond du sol et les engrais azotés de synthèse, en limitant aussi les stocks hivernaux grâce à l’extension du pâtu-rage. Aucun d’entre eux, toutefois, n’a fait le choix de la traction animale.
Et, au bout du compte, autonomie financière favorisée par une réduction massive des coûts des in-trants. Alors oui, direz-vous, ils n’en sont pas tous arrivés là, bien sûr, mais tous sont en chemin vers une autonomie toujours plus grande de leur exploitation et une juste rémunération de leur travail. La reconquête de l’autonomie de la ferme contribue à redonner du pouvoir à l’agriculteur.trice.
Ils produisent de la QUALITÉ
Qualité des produits, qualité du travail, qualité de vie. C’est le trio qualitatif évoqué par les témoins.
Quand on vend à un restaurateur ou directement au consommateur, il faut lui proposer des produits de qualité, sinon, on perd le client et, pire, on ruine sa réputation. Le souci de qualité est présent chez tous nos témoins, lié à la santé humaine et à la santé du sol : des animaux sains sur un sol sain. Les plantes de culture et les races animales sont choisies dans ce but, ainsi que l’alimentation des animaux : de l’herbe plutôt que du maïs, du fourrage vert plutôt que de l‘ensilage, des concentrés fermiers plutôt que les mélanges du commerce.
Ils stimulent la BIODIVERSITÉ
Une biodiversité riche et active dans le sol et au-dessus est un facteur nécessaire à la mise en place et à la réussite de l’agriculture biologique de conservation (ABC). Les bactéries et les champignons du sol nourrissent les cultures et les protègent contre les pathogènes. Le réseau écologique constitué par les haies et les bandes herbeuses abrite de très nombreuses espèces parmi lesquelles de précieux alliés des cultures comme les carabes, voraces, qui mangent notamment les limaces, et les syrphes qui se délectent des pucerons. Il y a bien d’autres alliés dans le réseau écologique.
Outre la régénération du sol et la biodiversité, les agriculteurs témoins manifestent encore leur sensibili-té écologique en évoquant le stockage du carbone dans le sol grâce à la matière organique, au non la-bour et au prairies permanentes et temporaires.
Ils donnent du SENS au métier et PARTAGENT
Se raccrocher à l’essentiel, regarder à long terme. S’ouvrir au monde, à la société, s’inspirer de ce qui se fait ailleurs, et ouvrir la ferme pour une meilleure compréhension réciproque et aussi pour contribuer à une meilleure évolution tant de l’agriculture que de la société.
Soucieux de rendre à notre métier toute sa valeur écologique mais aussi humaine et sociale, nous accueillons également les groupes - scolaires ou autres - pour partager avec chacun notre expérience et avancer ensemble dans une réflexion urgente sur la relation de l'homme avec sa planète (…) Évitons d’avoir raison tout seuls.
Vincent Delobel Éleveur de chèvres Ethnographe rural
Autonomie ne signifie pas repli sur soi. Il s’agit au contraire d’ouvrir les yeux sur le monde et les soli-darités, fussent-elles transocéaniques. La culture du soja dévaste la forêt amazonienne en perturbant le climat et menaçant la vie des peuples autochtones ; son transport produit du CO2 ; eh bien arrêtons d’en acheter et nourrissons nos animaux avec de l’herbe riche en légumineuses et des concentrés fer-miers riches en protéagineux.
Et puis, plus près de chez nous, pratiquons le matériel en commun et des formes de travail à plusieurs, accueillons des apiculteurs sur nos colzas, emmenons nos moutons pâturer chez des collègues, parta-geons nos expériences. Apprenons les uns des autres.
Créer une dynamique collective, un réseau des innovateurs. Vincent Delobel
Sans oublier la création d’emplois permise par l’ABC.
Ils bâtissent un système RÉSILIENT
Nul n’échappe aux caprices du climat, à un printemps pluvieux qui perturbe les semis, à un coup de chaud en été, à un automne trop mouillé pour récolter correctement betteraves et pommes de terre, à un coup de gel précoce ou trop tardif, à une tempête qui couche une récolte. Une année n’est pas l’autre ; c’est le lot de tous les agriculteurs. Dans cet ensemble d’incertitudes, nos témoins s’efforcent de rendre leur système plus résilient grâce à un sol bien structuré et vivant, un choix judicieux d’espèces diversi-fiées et de cultivars rustiques, de l’agroforesterie ; idem pour les races animales. Ils s’efforcent aussi de se soustraire aux aléas du grand casino du marché mondialisé qui plongent trop de leurs collègues con-ventionnels dans le désarroi.
Ils atteignent des RÉSULTATS très encourageants
En proie aux idées reçues et aux préjugés, on aurait pu s’attendre à voir une agriculture misérabiliste qui ne survit que péniblement. Eh bien il n’en est rien ! Certains rendements annoncés sont remarquables et figurent parmi les plus élevés de la région. Si nous n’avons pas vu les comptes d’exploitation, les signes extérieurs montrés par la caméra démontent les préjugés. Ça donne envie !
Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard, évidemment, mais d’une réflexion à long terme et d’un tra-vail fondé sur des compétences. Toutefois, aucun des témoins n’est arrivé au bout de sa réussite. En matière d’agroécologie, on peut toujours progresser. L’agriculteur engagé sur la voie de l’ABC est en chemin. En chemin parce que ce n’est jamais abouti.
Qu’est-ce qui est pire qu’être achevé !
Henri Michaux Écrivain (belge) (1899-1984)
On ne parle pas ici de perfection, mais de manque, d’inachèvement, de mouvement, toujours en re-cherche. Néanmoins, on perçoit nettement la satisfaction du chemin parcouru et des résultats obtenus.
Parmi les résultats et pas des moindres, au-delà des rendements et de l’économie, il faut insister sur la vie et la fertilité du sol, la captation du carbone, l’augmentation considérable de la biodiversité, l’absence de pollution aux pesticides et aux nitrates, la baisse du recours aux énergies fossiles, l’arrêt du soja importé, la santé des consommateurs et des agriculteurs eux-mêmes, le bonheur d’exercer un mé-tier qui a du sens.
Remercions-les de nous montrer le chemin
Merci infiniment pour votre témoignage et votre éclairage, à :
• Vincent Delaubel, éleveur caprin, ferme pédagogique de la Croix de la Grise.
• Claude Henricot et Damien : élevage ovin, aviculture, céréales, maraîchage, horticulture.
• Alain Peeters, grandes cultures et bovins au Domaine de Graux.
• Dominique Dumont de Chassart, ferme de la Sarte, grandes cultures.
• Antoine Mabille, éleveur ovin, partenaire de 11 cultivateurs alentour pour le pâturage.
• Éline Dufossez et Florian Henneuse, maraîchers, éleveurs ovins, CoopAlimentaire.
• Pascal Cauchie, culture et élevage.
• François Dubois et Baptiste, vaches laitières à la ferme du Moulin, agroforesterie.
• Elisabeth Van Rompu , agronome à l’association Terres Vivantes, gros plan sur Biomax.
À ce reportage , on peut rattacher Jean-Marie et Arnaud Velghe, les éleveurs laitiers présentés par Alain Peeters dans le module 3 de son cours en vidéo pour illustrer une transition réussie vers l’ABC. Une pensée aussi pour Emmanuel Demasy, agriculteur pionnier, disparu en 2023.
Merci à tous nos témoins d’avoir partagé avec nous un peu de votre riche expérience, de votre ré-flexion, de votre attachement à la terre, de votre enthousiasme. Ça fait tellement de bien !
Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience.
René Char Poète et résistant (1907-1988)